Publié le 23 juillet 2007
La messe, donc, est dite. Prévue de longue date et bénie par les autorités –judiciaires, politiques– compétentes, la mort de Rhino répondrait à une implacable loi naturelle, celle de l’air du temps. Le temps de la reprise en main : tolérance zéro, nettoyage des espaces autogérés, mise en conformité avec le droit, rien que le droit. Ainsi va le nouvel ordre genevois.
Il est vrai qu’à s’en tenir au registre juridique, les partisans de la sacro-sainte propriété privée ont beau jeu de rétorquer que l’évacuation des squatters, en fin du compte, n’est que justice (même s’il reste matière à débat). Sur le plan culturel, en revanche, la perte est sèche et incontestable. Dramatique, pour une Genève qui s’est longtemps vue en paradis de la création alternative –au point que la Cave12, bastion des musiques expérimentales de Rhino, s’est retrouvée dans la rubrique « bons tuyaux » du magazine de bord d’une célèbre compagnie d’aviation low-cost.
Ce qui n’était que justice. En effet, du Teatro Malandro d’Omar Porras –qui fit les belles heures du squat du Garage– à une scène rock, reggae et électro singulièrement vivace, née dans les entrailles de l’Ilôt13, du Manoir, du Goulet ou encore d’Artamis, sans oublier un glorieux « Cabaret d’Avant-guerre » qui émergea jadis sur la scène de la Cave12, on peine à imaginer une Genève sans ses marges insolemment fécondes. Il fut un temps, pas si lointain, où une virée nocturne commençait avec un spectacle au Théâtre du Garage, embrayait sur une fiesta électro à l’Escobar et s’achevait du côté de « Chez Brigitte », avec sa faune bigarrée, voire, pour les plus résistants, derrière le vaillant baby-foot de la Tour (un concert rock sous les pieds). Fête, rencontres et créativité débridées, mais aussi projections, débats et publications artisanales, ont été pendant près de vingt ans les ingrédients d’une culture vivace et largement reconnue, en même temps qu’une soupape indispensable dans la normalité étouffante, à un jet de pierre du quartier des banques...
Aujourd’hui, les lieux précités figurent au rayon des souvenirs. Et dans quelques mois, lorsqu’Artamis et ses 200 artistes, son Théâtre du Galpon et ses lieux nocturnes (Piment Rouge, Etage, Shark), devront faire place nette pour permettre la dépollution du site, l’Usine se retrouvera bien seule pour entretenir la flamme d’une culture alternative en péril. Les politiques –au niveau cantonal, du moins– paraissent en faire peu de cas. Quant au procureur Zappelli, il ne cachait pas ses intentions, lundi soir, sur le plateau de la TSR, en déclarant : « Lorsque je suis arrivé en fonction (ndlr, en 2002), il y avait 120 squats à Genève ; il y en a actuellement 27, donc je n’ai pas attendu aujourd’hui pour agir et j’entends bien continuer dans la même veine ».
Récemment ébranlée par l’affaire du « transfert de charges » et la crise de la Bâtie, la scène culturelle saura-t-elle se mobiliser pour garantir sa survie ?
RODERIC MOUNIR
(Cette article est publié avec son aimable autorisation.)
Entretien avec Anne-Catherine qui à vécu 9 ans à Rhino.
Plus de 2000 personnes manifestent le samedi 28 juillet 2007 (entretien audio).
Contre l’évacuation de Rhino 2000 personnes descends dans les rues de Genève le samedi 5 novembre 2005.
Bravo mais c’est sordide quand même... Pas même un rayon d’arc-en-ciel ne pourra rien y changer. J’aime bien la police qui se prend ces propres lacrymos dans la tronche... la nature est plus clémente qu’elle n’y parait parfois.
Les temps sont durs, bordel de merde.
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