Publié le 29 juillet 2006
Près de 30 millions de pêcheurs artisanaux, la grande majorité d’Asie, font vivre plus de 100 millions de personnes dans le monde. C’est leur survie - et celle des poissons - qui est un des nombreux enjeux cruciaux des négociations actuelles à l’Organisaion Mondiale du Commerce (OMC).
Le sud-est asiatique (Thailande, Indonesia, Philippines, Malaysia, Vietnam) offre les ressources aquatiques les plus riches du monde, mais l’industrie de la pêche, qui grandit constamment depuis les années 70, menace de plus en plus à la fois l’environnement, les stocks de poissons et les populations dépendant de la pêche artisanale pour leur survie.
On a encouragé le développement de flottes de chalutiers, pêchant le ton, la crevette, etc., qui ont déjà gravement diminué les stocks. Dans toute l’Asie, des millions d’hectares de terres côtières ont été ravagées et irrémédiablement polluées par l’élevage industriel de la crevette. Cela au nom d’un développement conçu en termes de « croissance » : économique, des exportations et de revenu monétaire... pour certains.
Ainsi la mondialisation menaçait déjà gravement les pêcheurs artisanaux et leur droits traditionnels d’utiliser, gérer et conserver les ressources naturelles. Puis, les négociations successives à l’OMC ont encore aggravé leur situation, ouvrant les pays aux investissements directs des transnationales et éliminant les politiques protégeant la pêche en tant que moyen d’existence populaire comme autant « d’obstacles au commerce ». Parallèlement, les accords environmentaux multilateraux (MEA) ont été subordonnés aux règles de l’OMC.
Dans les négociations actuelles (dites de « Non-Agricultural Market Access », ou NAMA), les grandes puissances économiques, notamment les Etats-Unis et l’Union Européenne, exercent une pression inexorable sur des pays tels que les Philippines pour les forcer d’abandonner les protections encore existantes pour la pêche artisanale.
Pour répondre à cette menace, le Réseau des Pêcheurs d’Asie du Sud-Est pour la Justice et le Mouvement des Pêcheurs du Sud-Est Asiatique ont manifesté dans la baie de Hong Kong, lors du dernier sommet de l’OMC. Maintenant, ils amènent leur combat jusqu’à Genève, où ils construiront des bateaux pour aller devant l’OMC, apporter un témoignage visible de ce qui est en jeu !
Leur flotte va rejoindre les délégués des paysans de La Via Campesina, des syndicats, des travailleurs immigrés, des indigènes, des ONG et toutes les personnes solidaires qui veulent re-affirmer « le droit de protéger ». Notamment de protéger les industries locales et les moyens de subsistance des plus pauvres. La sécurité alimentaire domestique et la gestion durable des ressources naturelles doivent passer avant les revenus d’exportation ! Les pêcheurs et paysans présents représenteront la vaste alliance de mouvements populaires luttant contre le néolibéralisme et pour des moyens d’existence durables, un monde sans misère ni avidité.
Les pays pauvres ne doivent pas être forcés de renoncer à leur avenir, et ceux qui résistent doivent être encouragés. Puisque les pays riches, qui ont ignorés toutes les critiques faites à Hong Kong et ailleurs, semblent incapables de modifier fondamentalement leur approche, les pêcheurs proposent ce slogan aux négociateurs des pays en développement.
Pour naviguer dans la galerie photo