Publié le 29 juillet 2005
Voici le récit d’un événement qui n’a été mentionné par aucun organe de presse genevois. Sans doute s’est-il produit au mauvais moment : les rédactions s’apprêtaient à boucler l’édition du long week-end du 1er août.
Aujourd’hui, mardi 2 août, 3 jours après, il n’intéresse déjà plus les journaux avides d’actualités toutes fraîches. Certains riverains de retour de vacances ont dû chercher des explications d’une façon ou d’une autre. Peut-être ne s’est-il réellement rien passé à la rue de Montbrillant vendredi 30 juillet à 20h05.
Pourtant, depuis chez moi, au sixième étage, je le voyais tous les jours. A hauteur du regard, il balançait tranquillement ses branches qui accueillaient écureuils, pigeons ramiers, mésanges : toute une faune dorénavant privée de cet éminent refuge puisque, ce vendredi peu après 20h00, le vent a eu raison de lui.
Un « mini-ouragan » - comme l’ont qualifié les journaux - dont le bruit m’attira, inquiète, à la fenêtre, pour observer les éléments déchaînés balayant le parc des Cropettes. C’est alors que je le vis tomber, droit dans ma direction. La peur me fit reculer précipitamment et je demeurai figée quelques instants par la surprise avant de réaliser qu’un peuplier de près de 30 mètres de haut venait de s’abattre de tout son long sur une rue fréquentée du centre de Genève.
Un rapide coup d’œil depuis le balcon m’offrit un spectacle effrayant : l’arbre gigantesque gisait en travers de la route et des deux trottoirs. La cime, avait heurté une camionnette dont le pare-brise avait été pulvérisé par le choc. J’enfilai rapidement un imperméable et me précipitai dans l’escalier. Au rez-de-chaussée, je rencontrai une voisine passablement ébranlée : dans sa chute, l’arbre avait frôlé son fils et l’homme qui le raccompagnait à la maison. Ce dernier, qui avait laissé son propre enfant en attente dans sa voiture, me montra le véhicule : 5 mètres de plus ou de moins et c’était le drame. Dans la rue, je vis le chauffeur de la camionnette qui, heureusement, était sorti pour une livraison et n’avait été que légèrement blessé par les branches alors qu’il se trouvait sur le trottoir.
Peu à peu, la rue s’emplit d’habitants du quartier et de badauds, puis ce fut l’arrivée des pompiers qui se pressèrent aux endroits stratégiques : habitacle de la camionnette et trottoir côté parc des Cropettes pour vérifier que personne ne se trouvait sous le tronc. Ensuite, il se mirent au travail et dégagèrent la route. L’homme blessé fut emmené sur un brancard.
Lorsque la pluie cessa et que le calme revint quelque peu, malgré les hurlements des tronçonneuses, je traversai la route pour observer les dégâts de l’autre côté. Le peuplier avait fauché un jeune érable planté à quelque pas de lui et la souche éventrée du vieil arbre paraissait gigantesque en comparaison. Comment un tel colosse avait-il pu se rompre de la sorte ? La réponse à cette question ne fut pas longue à s’imposer sans aucun conteste : l’intérieur du vieux tronc présentait un aspect spongieux marron foncé qui n’avait plus rien en commun avec du bois, au toucher cette matière s’effritait
...l’arbre était pourri jusqu’au cœur...
Une habitante du 20 rue de Montbrillant
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